Lettre à l'anacamptis pyramidalis.
Très cher anacamptis pyramidalis,
Sans doute est-il étrange d'écrire à une fleur. Sans doute diras-tu, mon cher orchis pyramidal, que je suis complètement dingue. Mais il faut bien te dire les choses. Je suis heureuse car chaque année tu enchantes comme par magie les prairies gersoises. Et cette année encore, entre fin avril et mi-juin, tu les as à nouveau sublimées. Sache que beaucoup de gens m'ont parlé de toi, ravies d'avoir pu te croiser : "Il y en a plein cette année des orchidées, les pyramidales et fushia sont partout !". Pourtant, et peut-être seras-tu d'accord avec moi, ce fut une année compliquée pour les orchidées sauvages gersoises. L'excès d'humidité a limité les éclosions. Je n'ai pas vu autant de variétés que l'an dernier et la quantité était bien moindre. La saison 2018, que j'ai attendue avec grande impatience, m'a semblé être en demi teinte. Mais toi, toi, mon cher anacamptis pyramidalis, tu fais partie des robustes, des résistants, de celles qui s'adaptent aux diverses conditions météorologiques. D'ailleurs, on te trouve aux abords des villes, au bord des routes. Tu n'en as eu que faire de la pluie, tu as continué à fleurir, à foisonner un peu partout pour notre plus grand plaisir.
Tu n'as pas manqué les rendez-vous que j'avais fixé avec toi. Et même quand ce n'est pas avec toi tout spécialement que j'avais un rencard, tu t'es quand même invitée à la fête fleurie. Les botanistes te disent "commune". Cela ne veut pas dire "banale" rassure-toi. Cela veut juste dire qu'on te trouve facilement. Et même si tu foisonnes, ne crains rien ! On ne se lasse pas de toi ! Ta forme pyramidale, tes petites fleurs charmantes, ta couleur pétillante dont l'intensité varie d'une fleur à l'autre. Tu apportes dans de charme aux vertes prairies ! Quelle est donc ton secret de beauté ? Le bon air frais ? Un terrain calcaire ? De l'eau ? Le Gers ?
Aussi belle sois-tu, tu fais preuve d'un altruisme sans faille ! Si tu partages ton territoire avec d'autres taxons d'orchidées sauvages - sérapias, orchis homme-pendu, orchis parfumé, divers ophrys - tu te mêles facilement avec d'autres espèces. Comme tu sublimes le jaunes des boutons d'or et des pissenlits ! Comme tu les enlaces, les embrasses, les portes, joues avec elles ! Tu sers d'exemples à suivre !
Cela fait presque deux mois que tu n'ornes plus nos prairies... laissant la place aux fleurs d'été. Laissant la vedette aux tournesols dans les champs. Tout de même, tu nous manques ! Combien de mois faudra-t-il attendre jusqu'à Avril pour pouvoir te retrouver ? Il faudra patienter !
Mais s'il te plaît ! Continue ! Continue la résistance ! Continue ! Nous avons besoin de toi dans nos prairies et dans nos vies. Tiens bon ! Et fais nous prendre conscience qu'il faut prendre soin de ce qui nous entoure et de ton écosystème fragile...
Je t'aime de tout mon coeur petite fleur.
A bientôt,
Sylvie.


























